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jeudi 23 août 2012

Les élections, l'abstention, et les campagnes ratées d'incitation au vote.

En ce moment, le Québec est en période électorale. 

Résumé des épisodes précédents :

Depuis février 2012, les étudiants sont en grève contre la hausse des frais de scolarité de 75% décrétée par le gouvernement libéral au pouvoir (Parti Libéral du Québec, dit PLQ). L'intransigeance du gouvernement, au lieu de tuer le mouvement, lui a permis de grossir et de devenir une crise sociale qui devrait faire date dans l'histoire du Québec. Mais, après des mois de mobilisation intense, la fatigue ainsi que la torpeur estivale ont fait baisser l'intensité du mouvement. C'est ainsi en plein cœur de l'été que le parti au pouvoir a décidé de déclencher des élections, histoire de trouver une issue qui lui soit plutôt favorable.

images piquée quelque part symbolisant la course électorale,
parce que ce billet manquait d'illustration.
 
Ah oui, précision : ici, c'est le parti au pouvoir qui déclenche à sa convenance les élections, sachant qu'un même mandat ne doit pas excéder 5 ans. C'est aussi le parti en place qui redéfinit les contour des circonscriptions électorales en fonction de l'évolution de la population depuis le scrutin précédent.Oui moi aussi je trouve que question démocratie et répartition des pouvoirs, c'est problématique (les contours des circonscriptions, ça se fait ailleurs, en France notamment. Mais au moins les élections sont à date fixe). Ajoutons à cela que la médiatisation de la campagne électorale est partiale, plus précisément qu'aucune loi ne règlemente l'accès aux médias des différents partis en course. Sachant qu'en France, alors que la loi encadre précisemment le temps de parole des différents candidats à une élections, les journalistes trouvent que c'est une insupportable atteinte à leurs droits et trouvent des moyens de tricher, quand on ne règlemente pas, ça donne la situation québécoise. Concrètement, cela signifie que cette année 4 des 6 partis (je dis, 6, mais je sais même pas si le parti vert du Québec existe ou si c'est une légende en fait..) en compétition ont pu s'exprimer lors du "Débat des chefs", et que seulement 3 de ces 4 partis ont pu intervenir lors des "duels" organisés sur la chaîne TVA pour couvrir la campagne. Oui, parce que faire confiance à des chaînes de télévision privées pour maintenir la diversité de idées démocratique, ça marche vraiment bien.

Vous avez donc l'ambiance, nous pouvons reprendre :

Nous sommes donc ici en pleine campagne électorale, le scrutin est le 4 septembre prochain. Les affiches des candidats et candidates fleurissent sur les poteaux dans la rue, et on ne parle plus du mouvement social mais des élections imminentes. Et on s'inquiète du taux de participation - souvent faible - de la population en général et des jeunes en particuliers.

voilà, ça ressemble à ça des affiches électorales québécoises

Précisons que dans les milieux ou je traîne ces temps-ci (étudiants, très à gauche, anarchistes pour certains ), on tient un discours trés sévère sur ces élections-ci et sur le système électoral en général (pardon, sur "l'électoralisme", je suis nouvelle, j'apprends le vocabulaire). Je vous conseille à ce propose le documentaire Anarchroniques, diffusé hier soir dans un parc montréalais. La bande-annonce est visible ici, et je ne désespère par de mettre la main sur le film complet un jour prochain. C'est conçu comme une introduction aux mouvements anarchistes et libertaires du Québec, c'est très intéressant. L'argument principal de ces militants abstentionnistes, c'est que le système de démocratie représentative n'est ni représentatif ni démocratique, et que tout les partis en jeux soutiennent le système politique, idéologique, tel qu'il existe, sans vouloir le changer, ni même l'imaginer. Au mieux, il s'agit de l'aménager pour qu'il soit plus vivable, ce qui, pour eux, ne peut être un but en lui-même.

Si la critique me semble sévère, elle commence néanmoins a susciter quelques échos chez moi. Le fait de ne pas pouvoir voter après avoir suivi et vécu le mouvement étudiant, sachant que le gouvernement élu aura des conséquences sur ma vie sans que je ne puisse rien y faire doit y être pour quelque chose...passons.

Où veux-je en venir avec cette -interminable- introduction ? J'étais ce matin dans le métro, et mon attention s'est porté sur les publicité qui ornent les murs des stations et des wagons. Des grandes photos, assez désenchantées, aux couleurs pas franchement joyeuses ont attirées mon attention. Ça change des images survitaminés qui poussent habituellement à consommer. Je regarde donc de plus prés ces photos de panneaux de circulations avec des flèches qui vont dans des directions différentes, chaise d'école abandonnée, ou encore sièges de wagons de métro. Elles sont ornées de textes au ton définitif :  "L'heure des choix" (sur les flèches de circulations) "les absents ont toujours tort" (sur une chaise d'école abandonnée). 
C'est la campagne de la direction générale des élections du Québec pour inciter les gens à aller voter.
Bien.

Je la trouve nulle.

Les photos sont tristes. Elles ont un côté ville désenchantée. C'est pas que cette esthétique me déplaise, mais elle me semble assez maladroite pour donner envie au citoyens de faire quelque chose. Je trouve que ça donne surtout envie de se cacher, de se retirer de ce monde triste, vide, qui nous est montré. 
Les images sont sensée s'adresser aux citoyens, elles déshumanisent le vote : pas un visage humain (ni même une main, un pied ou un quelconque morceau de corps humain)...On souhaite inciter des individus à voter en leur montrant des objets inanimés. Là encore, j'ai un doute sur l'efficacité du message.
J'ai dit que les couleurs étaient moches, je le maintien. Je vous renvoie à la page de la DGEQ pour voir la vidéo sensée donner à la population l'envie d'aller voter.
....
....
ça c'est le temps que vous alliez voir
...
...


Vous ne voulez pas vous asseoir dans une salle obscure sur des sièges miteux pour écouter quelqu'un vous dire quoi faire ? Non ?
J'avais pas dit que c'était triste à mourir? On commence avec une musique d'apocalypse et on explique que la démocratie est en danger parce que les gens ne votent plus, et puis on explique que voter c'est avoir un pouvoir immense : dire oui à certaines choses et non à d'autres... (c'est ébouriffant d'ambitions, approuver ou désapprouver des "choses") le tout sur des images instragram-esque que je trouve, vraiment, je me répète, moches. Et sombres en plus, avec des images qui brûlent, genre fin du monde désenchanté..Je sais bien qu'on a définitivement fait une croix sur les lendemains qui chantent, mais vraiment ? On espère mobiliser les gens avec un discours aussi déprimant et moralisateur ?

Et une chaise abandonnée au milieu de nul part ? Ça ne vous donne pas envie de participer ?

Jamais ces campagnes ne disent précisément quels sont les contours du pouvoir du vote. Le vote est vertueux en lui-même, c'est une morale contemporaine, preuve que la démocratie fonctionne quel que soit le parti pour lequel on vote, et quel que soit la manière dont ledit parti agit une fois élu. 
Le mouvement étudiant a répété pendant des mois que la démocratie ce n'était pas "voter une fois aux 4 ans" mais une action quotidienne. Cette campagne dit exactement le contraire : le vote c'est l'expression démocratique unique et ultime. 
Sauf qu'il existe des partis qui sont contre la démocratie (je pense aux néonazis grecs qui sont entrés au parlement lors des dernières élections, par exemple) voter pour eux c'est maintenir la démocratie en vie ? Vraiment ?
Il existe aussi des partis, ou des représentants de ceux-ci qui sont élus sur des idées et qui en appliquent d'autres une fois au pouvoir..dans ce cas là (tellement fréquent que je ne sais pas quel exemple donner. C'est devenu tellement trivial que la formule "les promesses électorales n'engagent que ceux qui les croient" est devenue une ligne de conduite politique) le pouvoir de l'électeur a consisté à être victime d'un mensonge et à n'avoir aucune possibilité de sanctionner celui qui a menti, une démocratie comme ça, c'est étrange qu'elle ne fasse pas plus rêver, et ne donne pas plus envie d'y participer non ?
La pire illustration de cette campagne, c'est cette image de deux sièges de métro qui se tournent le dos, et qui sont sensés illustrer les options qui s'offrent aux électeurs :



Nous sommes dans un train (ce sont des sièges du métro de Montréal) dont nous ne contrôlons pas la direction, et il nous revient de choisir si nous voulons aller dans cette direction en regardant dans le sens du train, ou en regardant dans le sens inverse. Mais quel pouvoir extraordinaire ! Choisir son siège ! Je sais pas ou va ce train et on ne me demande pas mon avis là dessus mais j'ai le droit que dis-je, le privilège, de choisir mon siège!! Telle que vous me voyez là, je me retiens de jubiler et je manque de défaillir d'enthousiasme!

Sans rire ? Les concepteurs de cette campagne se sont dit qu'avec une représentation aussi limitée du pouvoir que représente le vote ils allaient amener les électeurs à courir en masse vers les urnes ?? C'est ..euh.. risqué comme pari ?

Si on veut vendre le vote comme un outil de pouvoir, on met l'électeur dans la cabine de pilotage d'un avion. On lui donne le pouvoir et le contrôle non ? (décidément, la communication et le marketing me seront à jamais étrangers). À titre de comparaison, lors de la dernière campagne présidentielle française, on a pu voir ceci pour inciter au vote. 


Je ne sais pas pour vous, mais je trouve la mise en scène plus intelligente, avec tentative de représentation de la société française et renversement du pouvoir.

Et puis on pourrait même, folie, s'interroger sur les causes de l'abstention. Questionner la réelle représentativité du mode de scrutin en vigueur, faire la comparaison entre les programmes politiques et leur réalisation, s'interroger sur la pertinence d'avoir des élus qui font de le politique leur carrière et qui peut-être, en perdent un peu de vue les effets concrets de leur politique sur l'ensemble de la population etc...
Mais bon, tout ça c'est partisan et surtout, ça oblige à nuancer le propos. Alors que ordonner "vote!" aux gens qui passent devant une affiche, ça a le mérite de la simplicité.

Pour en revenir aux sièges du métro, on donnera ceci dit à cette image le crédit du réalisme, involontaire probablement mais ne faisons pas la fine bouche. Parce qu'après tout, il est vrai que lorsque les orientation de politiques générales sont données par des traités internationaux signés sans contrôle de la population les marges de manœuvre des gouvernements élus sont trop faibles pour infléchir le fonctionnement global de la société. En Amérique du Nord, l'ALENA définie les règles économiques, et ainsi le fonctionnement social. On peut aussi penser en Europe aux différents traités de l'Union Européenne, au hasard Lisbonne, adopté après que la première version du texte - Traité Constitutionnel Européen - ait été rejeté par trois pays par voie référendaire : la France, les Pays-Bas et l'Irlande. 

Tiens, peut-être que c'est ça qui contribue à l'abstention ? L'impression - ou la certitude - des électeurs que leur vote, qu'on leur présente comme une prise de pouvoir, n'a finalement que peu de valeur quand les cadres généraux de l'économie sont déterminés hors de leur contrôle ? Que leur vote n'est pris en compte que lorsqu'il entérine des décisions déjà prises ?
Euh, si la démocratie vivante à ressemble à ça, on pourrait peut-être l'achever et commencer autre chose non ? enfin moi je dis ça...
 Peut-être que lorsque les gouvernements eux-même n'accordent que peu d'intérêt à la volonté de leur population (cf. la manière dont le PLQ a ignoré les revendications étudiantes des derniers mois, au hasard) ils affirment à la population en question qu'elle ne compte pas, qu'ils n'ont pas besoin de son accord pour exister, pour gouverner.

En conclusion de tout ça, je précise que je ne souhaite pas décourager ceux qui le souhaitent d'aller voter. Je ne pense pour ma part n'avoir manqué aucun scrutin français ou européen depuis mes 18 ans (ah si, les dernières élections cantonales dont, soyons franche, j'ignorais l'existence). 
François Ruffin, dans Fakir, défend ici une position médiane , qui me plaît bien, entre le vote comme ultime et unique action démocratique et le refus complet du vote comme refus de cautionner le système en place. Je vous invite à aller jeter un œil, au passage vous pourriez découvrir un journal sympa.



Mais je me demande sincèrement qui pense que l'on peut convaincre les citoyens d'aller voter en se contentant de leur faire la morale, sans jamais tenter de comprendre pourquoi ils ne votent pas.

edit 31/08 : photos prises et intégrées à l'article.

Ne soyons pas totalement mauvaise langue, la petite fleur au milieu du béton avec le "ne jamais renoncer" est sympa. Mais enfin le reste...




jeudi 7 juin 2012

Diplomatie de gravillon

Ouvrir le site de La Presse, c'est une déclaration d'amour à la procrastination. Glander sur les sites d'info, c'est une manière comme une autre de ne pas écrire la thèse (écrire des billets de blog aussi), mais au moins, on peut espérer y apprendre quelque chose.
La Presse, c'est autre chose. Depuis le début du conflit étudiant, à part quelques chroniqueurs, le journal affiche clairement son parti pris pour le gouvernement. Éditorialistes poussant le gouvernement à maintenir la ligne dure, sondages frauduleux en Une, un journal de qualité.. Tout ça pour dire que me promener volontairement sur ce site, c'est chercher désespérément un lieu ou ne pas travailler, en espérant y trouver une lecture amusante, c'est dire le niveau de détermination qui anime ma volonté de ne rien faire de constructif aujourd'hui.

Pourquoi cette longue introduction ? Hé bien pour introduire, justement, cet article. Nouvelle cruciale, le premier ministre canadien a été reçu par le nouveau président français.

Article en deux parties. On commence par le gros morceau, l'important, la raison de la rencontre : les positions économiques des deux chefs d'État. 
Harper est présenté comme «le chantre de la rigueur budgétaire»  (c'est normal, il est de droite ) et Hollande et le «partisan de la croissance» (ce qui doit donc tenir lieu de position de gauche). Pas de panique toutefois, tout le monde parvient à se mettre d'accord puisque, de la bouche de François Hollande : «Nous partageons ce double principe : nous devons avoir plus de croissance mais pour avoir plus de croissance, il faut aussi plus de stabilité, c'est ce qui sera discuté au G20». 

Une fois ces grandes différences politiques exposées, la seconde partie de l'article, (qui fait à peu prés le même nombre de mots) s'intéresse aux subtilités du protocole.
On apprend alors que Stephen Harper est arrivé à pied, que François Hollande a marché sur le gravier de l'Élysée, que les deux hommes se sont retrouvés à mi-chemin.
On obtient en exclusivité la réaction d'un photographe «vieil habitué des lieux», grâce à qui on apprend que c'est une scène inhabituelle :  «En 30 ans d'Élysée, je ne me souviens pas avoir vu un dirigeant étranger arriver à pieds»

Est-ce que cet article méritait un post de blog ? Peut-être pas, mais n'oublions pas que, d'une part, je n'ai aucune envie de me pencher sur ma thèse. Et puis surtout, cet article insipide m'a bizarrement semblé digne d'intérêt. 

Dans sa composition en premier lieu : 50% de fond, 50% de forme sur la rencontre. 
Je trouve déjà la proportion gênante, mais peut-être ais-je mauvais esprit.

Le souci, c'est qu'à la lecture de ce bref texte, j'ai eu l'impression d'en apprendre plus sur les questions de protocole que sur les positions politiques des élus. Une vague opposition croissance VS rigueur posée en ouverture de l'article résolue 150 mots plus tard. Une conclusion en forme d'élipse qui nous mentionne que «La situation en Syrie, en Iran et le prochain sommet de Rio sur le développement durable et les changements climatiques ont aussi été évoqués.». Comme si ces sujets ne méritaient pas de développement, comme si la position canadienne sur le protocole de Kyoto ou la côté vas-t'en-guerre de Harper, face à la volonté de Hollande de faire revenir les troupes française d’Afghanistan,  ne méritaient pas quelques questions. 
Mais à la fin de cet article, on en sait plus sur le gravier de la cour de l'Élysée.

C'est pas du journalisme, c'est un exercice d'enfumage.

Il est fort possible que la déclaration de Hollande n'ai pas donnée beaucoup plus d'informations, mais c'est pas le boulot des journalistes de poser des questions ? Et si c'est une déclaration à la presse sans questions, ça ne serait pas le rôle de celui qui rapporte la situation de le préciser ? De dire que justement, on aurait aimer des précisions sur tels ou tels points qui ont été laissés de côté par les chefs d'État ?
Non, à la place on sait que Harper est allé donner une conférence devant des drapeaux "unifoliés"et que Hollande a parlé seuls aux journalistes (est-ce une indice d'une relation diplomatique tendue ? Ou pas ? Bordel à quoi ça sert d'avoir des journalistes informés si personne ne nous décrypte ça? ).

Mais c'est vrai, malgré des positions politiques qui s'affichent opposées, Hollande et Harper semblent si facilement trouver un terrain d'entente, peut-être que ce miracle suffit à aveugler les journalistes..


mercredi 5 octobre 2011

Musique de merde et droits d'auteurs

Si vous étiez en France il y a quelques mois, en regardant la télé ou en vous baladant sur internet sans utiliser add-block, vous avez probablement vu ceci :


Pour ceux qui vivaient dans une grotte (ou à l'étranger), résumons. l'Hadopi, c'est la construction administrative française chargée de lutter contre le piratage, et qui s'appuie sur l'idée que les "pirates" contribuent à l'appauvrissement de la création culturelle. Ainsi, le message des trois spots publicitaires (et remerciez moi de ne vous en avoir mis qu'un seul en lien) est simple : si on télécharge aujourd'hui, on assèche tellement la création culturelle et artistique que, dans vingt ans, il n'y aura plus ni musique, ni cinéma, ni littérature.

Cette campagne a été attaquée de toute parts, mais on peut retenir deux principales critiques : une sur le fond, et une sur la forme.

Sur la forme tout d'abord. On a adressé beaucoup de reproches à cette campagne, qui sont pour la plupart regroupés dans la pétition du parti pirate. Ces clips, entre autres choses, instrumentalisent l'image d'enfants (qui n'ont rien à faire là), sont sexistes (filles qui rêvent de monter leurs seins à la télé, garçons qui rêvent de produire des films avec des grosses armes dedans), et surtout (enfin, pas surtout mais c'est de ça dont je voulais parler au départ) elle dicte une représentation formatée de la création artistique.

Parce que je ne sais pas pour vous, mais si la Hadopi sert à privilégier la création de ce type de musique, ça me donnerais plutôt envie d'aller prendre des abonnements payants sur des sites de téléchargement, histoire d'accélérer leur mort (lente et dans d'atroces souffrances) ...

Sur cette critique, la direction de la Haute Autorité, en la personne de sa présidente, Marie-Françoise Marais a répondu. En fait, nous n'avons pas compris cette campagne,  c'était de l'humour et du second degré. On a fait exprès de choisir des créations culturelles toutes pourrie pour faire un décalage, qu'est-ce que vous croyez ? Et puis que l'important, c'est que le grand public apprenne l'existence et le rôle de l'HADOPI.

Bien, donc Emma Leprince est caricaturale, et rien de tel n'existe dans la vie réelle. Jamais une maison de disque sérieuse ne produirait une bouse pareille.


bien bien bien. Justin Bieber.

Sinon tout à l'heure en procrastinant je suis tombée sur ça :


Ça, donc, qui malgré sa ressemblance flagrante avec le célèbre Let's Go to the Mall (qui au moins, fait rire les spectateurs de How I Met Your Mother), semble cette fois bien réel.

Voilà voilà. Sinon les distributeurs de musique ne nous prennent pas du tout pour des abrutis.

La critique sur le fond de cette campagne, et sur l'existence même de la HADOPI, porte quant à elle sur la définition du droit d'auteur. Selon l'HADOPI (administration dans laquelle les majors sont très bien représentées), les droits d'auteurs et l'exclusion de l'œuvre du domaine public est la pierre angulaire de création artistique, et que, sans droit d'auteurs, pas de culture. C'est comme ça.

On conseillera donc aux tenants de cette théorie d'aller lire avec profits différents articles d'OWNI, mais si vous devez en lire qu'un seul, essayez celui-ci qui permet entre autre chose d'apprendre que le droit d'auteur, lorsqu'il a été créé, excluait l'œuvre du domaine public pour trois ans, et que cette durée augmente en fonction de l'âge de Mickey (en fait, dés que Mickey menace de tomber dans le domaine public, la durée des droits d'auteurs est prolongée. On est aujourd'hui à 70 ans d'exclusivité avant de tomber dans le domaine public, on parle d'aller jusqu'à 90). 
Le dernier podcast d'Écrans.fr (et pas l'ultime, pitié, revenez!) aborde également la question avec une très longue interview de Benjamin Bayard. On y apprend notamment que, si l'HADOPI répond aux critique sur le forme de leur campagne, elle refuse toute dialogue concernant les questions de fonds comme celle des droits d'auteurs, des licences libres et, plus généralement des libertés numériques. 

Probablement parce qu'on aborderait là des sujets un peu plus fondamentaux, qui pourraient amener les gens à réfléchir (ce qui est, comme chacun sait, très dangereux).

Alors je vais sans nul doute continuer à télécharger mes séries préférées. Principalement parce que :

- elles ne sont pas diffusées en France, ou alors n'importe comment, dans le désordre et avec une VF infâme. [edit : des frémissements laissent supposer un changement]
- que l'offre légale répertoriée par l'HADOPI est lamentable
- que l'alternative Itunes est décevante (limitée en fonction du pays, et illisible sur un autre support que mac)
- parce que, quand je suis au Québec, je n'ai pas la télé
- parce que je n'ai pas les moyens d'acheter tout les dvds
- parce qu'on est loin de trouver lesdits dvd facilement en bibliothèque (un chouette concept ça, la bibliothèque, un accès gratuit et illimité à la culture). 

Mais au lieu de payer pour du téléchargement illégal (sans rire...), je vais plutôt aller donner des sous à la Quadrature du Net, qui veille efficacement à la défense de nos libertés (numériques en premier lieu, mais les autres y sont très liées), au niveau français et européen, et qui risque de mourir faute de financement. Et ici il y a une interview du porte-parole de la Quadrature du Net, pour ceux qui préfèrent écouter plutôt que lire tout le site.


[Tout ça parce que je suis tombée sur cette affligeante vidéo et que je me suis dit que non, on pouvait pas laisser dormir au fond de Youtube...]

jeudi 15 septembre 2011

Pourquoi Colonel Reyel nous prend pour des poires, démonstration en 2 parties 7 sous-parties.


La chanson Aurélie, du chanteur Colonel Reyel,  fait en ce moment ce qu'il convenu d'appeler un buzz. Comme je manque totalement d,originalité, j'y contribue en ajoutant mon bourdonnement à la foule.
Si vous n'étiez pas en France cet été, ou que vous vivez sans regarder la télé ni écouter la radio, vous pouvez mettre à jour vos connaissance en cliquant sur «play» : 




Bon, on va passer sur la qualité musicale du morceau, qui me semble être une sombre bouse et qui a l'extraordinaire capacité de rester dans le crâne après une seule écoute. Cela suffirait à rendre ce morceaux détestable, mais ce qui nous intéresse ici, ce sont les paroles, et le message. En effet, la chanson est accusée de faire de la propagande anti-avortement. 
Le scénario est le suivant : l'héroïne de la chanson éponyme, Aurélie, est accidentellement enceinte à 16 ans. Contre l'avis de ses parents et de son entourage, elle décide de mener sa grossesse à terme. 
Le chanteur se défend de soutenir un tel point de vue, et assure que le but de son propos n'est pas d'aborder la question de l'avortement, mais de «briser un tabou», celui de la maternité adolescente heureuse.

À la première écoute, les paroles de la chanson semblent mesurées, et l'accusation de propagande pro-vie exagérée. Toutefois, comme mes lecteurs sont des gens intelligents, ils savent que lorsque que quelqu'un parle de «briser un tabou», si possible «courageusement», on peut parier que ce qui suivra sera une belle affirmation bien réactionnaire. Comment démêler le vrai du faux ? Avec de bonnes vieilles méthodes apprises justement à 16 ans : l'analyse de texte. 

Nous allons donc ici détailler pourquoi ce cher Colonel se fiche ouvertement de notre pomme (je sais, je viens de tuer le suspense)


1 - utiliser les techniques des mouvements pro-vie.

La ligne de défense de Colonel Reyel, c'est affirmer que son texte ne condamne pas l'avortement, mais met en valeur le choix : dans son scénario, Aurélie choisi librement, malgré la pression de ses parents, d'avoir un enfant. Ce faisant, il reprend exactement les termes des mouvements pro-vie.

a- le choix d'un vocabulaire biaisé.

D'une part, l'utilisation d'un vocabulaire biaisé : Aurélie «attend un enfant» au lieu d'être enceinte. Elle veut qu'on l'appel «maman» et on parle de «donner la vie».
Lorsqu'on affirme à une femme enceinte que, même si grossesse en est à son tout début, elle est déjà mère, qu'elle porte un enfant et qu'elle se trouve en position de donner la vie, on lui dénie tout droit au choix : quelle femme accepterait sereinement de «donner la mort» en «tuant l'enfant» dont elle est déjà «la mère» ? 
On notera également que si l'auteur emploi des euphémismes pour parler de la grossesse ou de l'accouchement, il est en revanche très direct lorsqu'il s'agit de l'autre choix : jamais on ne parle d'interruption de grossesse, encore de l'aspect volontaire que peut revêtir cette intervention : jamais on ne parle d'IVG, mais toujours d'avortement.

L'usage de ce vocabulaire exclu la notion de choix, et pose dés les premiers mots l'idéologie dans laquelle s'inscrit ce texte.

b- l'isolement de la jeune fille

Ensuite, on présente l'entourage de la jeune fille comme des pressions. Ses parents, ses amis, «lui conseillent l'avortement» mais, lorsqu'elle refuse de suivre ce «conseil», elle se retrouve à la porte de chez elle. 
Un conseil suivit de telles conséquence n'est pas un conseil, mais une pression, un chantage. 
Le chanteur ne franchit jamais la ligne jaune en disant expressément que l'avortement c'est mal. Mais dans ce texte, tout ceux qui pensent que pour une jeune fille de 16 ans, avoir un enfant n'est pas une bonne idée, sont systématiquement désavoués. En revanche, Aurélie est glorifiée et renforcée dans son choix - elle triomphe de toutes les galères, son choix «est la plus belle chose qui soit». 

Discréditer l'entourage de la femme enceinte est une technique des mouvement pro-life «Votre partenaire ou les membres de votre famille peuvent être favorable à la solution de l’IVG, mais il est utile d’en parler à quelqu'un « en dehors »  qui n'est pas pris dans l'émotion d'une grossesse non planifiée.»[citation extraite du site ivg.net, qui, sous couvert d'un site national portant sur l'IVG est en réalité une vitrine pro-life, dont la manipulation est brillamment exposée ici.]


c - le choix des sentiments contre le pragmatique

On n'entendra pas, dans la chanson, les arguments de l'entourage de la jeune fille. On aura en revanche la position d'Aurélie, qui n'est étayée que par la sensation «d'être prête», sensation détachée, donc, de toute situation économique ou sociale. 
Dans cette perspective, devenir mère est une expérience transcendante, qui dépasse les contingences du monde matériel, ce qui semble un peu trop loin de la réalité pour être un point de vue neutre.

Enfin, chaque refrain (qui reste bien en tête) nous rappel que si Aurélie n'avorte pas, c'est parce que «elle voit les choses autrement». Si plusieurs personnes - parents et amis -  défendent la position de l'IVG, elle est seule à défendre son point de vue, qui est présenté comme un choix personnel, libre de toute influence. Un choix difficile à faire, de surcroît, puisque personne n'est de son côté. 

Aurélie est seule : elle devient une héroïne, martyre et courageuse. Lorsqu'elle refuse de suivre les «conseils» de ses parents, elle se retrouve à la rue : son statut de martyre est alors renforcée, et l'inhumanité de son entourage est alors exposée au grand jour : d'abord ils la poussent à avorter, puis ils refusent de l'aider. Ils sont rattrapés in-extremis dans le clip lorsque la jeune mère sonne chez ses parents, son bébé dans les bras. Émus, ceux-ci l'accueillent à bras ouverts : triomphe là encore des sentiments.

d- laisser croire l'ouverture au débat

Le dernier couplet de la chanson dit ceci :

«Voilà ce que je dirais si je devais donner mon avis,
Mettre un enfant au monde ne devrais pas être punis,
C'est la plus belle chose qui soit et si tu le nies,
C'est que tu n'as rien compris»

Le premier et le quatrième vers illustrent la mauvaise foi du chanteur : «si je devais donner mon avis » sous entend qu'il n'a, depuis le début de la chanson, exprimé aucun avis mais une suite de fait bruts. 
Or, il ne s'agit pas travail journalistique, mais d'une fiction dont il est l'auteur. À ce titre, du premier au dernier vers, ce sont ses idées qui sont exprimées. 
Cette position de fausse neutralité, qui le mettrais dans la position d'un juge rendant son verdict après exposé des faits - position extrêmement valorisante donc - est totalement contredite par la fin du paragraphe «Si tu le nie, c'est que tu n'a rien compris».

Le chanteur fait mine d'ouvrir le débat,  en ne donnant «que» son avis, mais il le ferme définitivement en discréditant toute critique éventuelle par ce «tu n'as rien compris». Colonel Reyel est donc bel et bien un manipulateur.
Faire mine d'ouvrir le débat pour refermer violemment la porte est également une technique des provie. Plutôt que de monter des actions frontalement opposées à l'avortement, ils préfèrent donner l'impression du choix et se placer dans une posture de conseil. Le site ivg.net, cité plus haut, se présente ainsi comme une structure de conseil et s'en donne toutes les apparences visuelles. Cependant, le fond est univoque : l'IVG est présentée comme une option à éviter, présentation à charge des conséquences que peut avoir un avortement dans la vie d'une femme etc... le tout présenté, bien sur, dans un souci affiché «d'information».



Cette chanson ne se pose pas expressément contre l'avortement. En revanche, elle glorifie l'autre option, c'est à dire le fait d'avoir un enfant, quel que soit l'âge ou la situation économique de la femme. Considérer que ces deux points de vue peuvent coexister sans se heurter relève au mieux de la naïveté.

Même si c'était un choix de vocabulaire accidentel, on n'aborde pas un tel sujet lorsqu'on est un chanteur à succès chez les adolescentes, sans peser chaque mot de son texte. Au mieux, c'est irresponsable. On notera avec intérêt que le clip avec paroles est en ligne sur le site provie-france.


2 - Colonel Reyel valeureu défenseur des mères adolescentes : Du bien beau story-telling

a - Réécrire le réel

Quel donc cet «avis» que le chanteur nous enjoint à partager avc lui sur la situation d'Aurélie ? Il st explicitement exprimé dans le dernier couple : «Mettre un enfant au monde ne devrait pas être punis».
Le chanteur répète, à longueur d'interview, qu'il cherche avant tout à défendre les mères adolescentes.

Il semble ici nécessaire de rappeler que, dans ce pays, avoir un enfant n'est nullement «puni». La politique française concernant la natalité se traduit par un certain nombre d'aides publiques, allant du congé maternité à la possibilité de congé parental en passant par des avantages fiscaux concédé aux parents : et c'est très bien comme ça. Il est important et nécessaire que l'État s'implique dans le monde de la petite enfance. 
De plus, les cocoricos qui résonnent tout les ans à l'Assemblée Nationale lorsqu'on y annonce notre taux de fécondité hors normes en Europe, laissent entendre que la maternité est très bien vue en France. L'injonction de maternité, que subissent de plein fouet les nullipares trentenaires, confirme cette impression. Il y aurait d'ailleurs là un véritable tabou à briser : celui des femmes qui décident de ne pas avoir d'enfant, et qui vivent très heureuses de leur choix. Mais bon, ce n'est pas le sujet ici. (Pour celles et ceux que ça intéresse, lire ici et )

b- Des arguments de pacotilles

Il y aurait pourtant de véritables manières d'aider les jeunes mères. Les structures sociales qui aident à assumer ce choix se délitent. Les maternités ferment alors que les naissances augmentent. Les places en crèches sont rares, les assistantes maternelles également, et tout ceci représente un budget non négligeable. Les écoles maternelles subissent de plein fouet les réductions des effectifs actuels dans l'enseignement. Enfin, lorsque les femmes cessent de travailler pour élever leurs enfants, leur retraite est amputée d'autant, sans compter les difficultés supplémentaires qu'elles rencontrent lorsqu'elles doivent à retrouver un emploi.
Colonel Reyel n'aborde aucune de ces questions. Une manière de soutenir les jeunes mères isolées pourrait être de dénoncer la faiblesse de ces structures qui, en permettant aux femmes de faire garder leurs enfants à moindre frais, leur ouvre la possibilité d'occuper un emploi. Non pas parce que le travail est quelque chose d'épanouissant (cette blague!) mais parce qu'il permet d'obtenir un salaire, et de garantir à ces femmes une indépendance.

Il pourrait également aborder la question de la reprise d'études à l'âge adulte. Dans un pays ou le diplôme prime sur l'expérience au moment de l'embauche, les cours du soir et les aménagements du temps d'étude sont quasiment inexistants. Reprendre ses études à temps partiels est compliqué, à la fois parce que les aménagement d'emploi du temps, à l'université par exemple, sont marginaux, et parce que le public reste majoritairement celui de la fac : des jeunes adultes n'ayant connus que les études. Y trouver sa place lorsqu'on a fait autre chose de sa vie est difficile, et peut mener à l'abandon pur et simple du cursus entamé. Militer pour la valorisation des parcours professionnels ou pour l'aide à l,accès aux études à l'âge adulte pourrait être une manière efficace et concrète d'aider ces jeunes filles. Pourtant, là encore, pas un mot.

Le chanteur préfère rester sur la vision bucolique qui consiste à «donner la vie» parce qu'on s'y «sent prête», comme si on pouvait vivre hors du monde réel, que celui-ci n'avait aucune incidence sur nos vies. Or, c'est faux. De bons sentiments ne suffisent pas à vivre, et encourager ces jeunes filles qui «se sentent prêtes» sans exposer en détail les situations auxquelles elles risquent d'être confrontées est irresponsable.

c - Non, avoir recours à l'IVG en 2011 en France n'est pas aisé

En affirmant «briser un tabou», Colonel Reyel laisse entendre que, si la grossesse adolescente est absente du débat public, la promotion et l'accès à l'IVG y serait très présente.

Rappel légal : depuis 1975, la loi sur l'Interruption Volontaire de Grossesse, dite loi Veil, fait de la femme enceinte la seule apte à décider si elle souhaite interrompre ou poursuivre sa grossesse. Il lui est demandé un délais de réflexion de 7 jours entre la première consultation et l'interruption de grossesse. l'IVG doit être effectuée dans les 12 premières semaines d'aménorrhées, 14 semaines depuis la modification de la loi en 2001.

Nous avons une belle loi. Même si les délais sont dans la moyenne basse des pays de l'Union Européenne, le texte considère les femmes comme des adultes, et il ne leur est demandé aucune autorisation, comme celle de leur époux, d'un psychiatre (Espagne) ou encore de l'évêque (Allemagne). [ref. Xavière Gauthier, Naissance d'une liberté]

Pourtant, ce texte comporte une faille : il s'agit de la clause de conscience. En effet, «aucun médecin n'est tenu d'effectuer une IVG» au cas ou cet acte heurterait ses convictions philosophiques, morales ou religieuses. Les femmes peuvent donc en effet prendre la décision d'interrompre leur grossesse comme elle le souhaite, mais si les médecins refusent, que faire ?
Certes, la loi oblige un médecin qui refuse de pratiquer des IVG à référer la patiente à un confrère ou une consœur qui lui/elle, pratique des IVG. Mais le nombre de médecins faisant jouer cette clause est en constante augmentation, et, mathématiquement, ceux qui pratiquent des IVG voient leurs planning surchargés, et les délais d'attentes augmenter... jusqu'à parfois dépasser la limite légale.

Cette clause de conscience est critiquée, mais elle ne disparaît pas de la loi (à se demander si, par hasard, les médecins catholiques ne seraient pas plus représentés à l'assemblé nationale que les femmes enceintes, mais c'est un autre sujet). 
Si je le pouvais, je proposerais cet amendement à la loi : «aucun médecin n'est tenu de pratiquer une IVG, sauf si il est gynécologue».
Un psychiatre ou un radiologue est un médecin. Toutefois, la gynécologie ayant peu de chance de faire partie du quotidien professionnel de ces praticiens, on peut légitimement supposer que leurs connaissances sur le sujet sont rapidement dépassées une fois les études terminées. Dans un tel cas de figure. J'avoue trouver rassurant que l'on ne puissent pas légalement obliger ces médecins à pratiquer des IVG.
Cependant, les gynécologues qui se spécialisent dans «l'étude de l'organisme féminin et de son appareil génital» ne devraient pas pouvoir se dérober. Interrompre une grossesse concerne la gynécologie, tout autant que le fait de suivre une grossesse jusqu'à son terme, ou encore de proposer une contraception adaptée. À ceux qui me rétorqueront que l'on peut choisir de devenir gynécologues pour «mettre des bébés et monde et pas l'inverse», je répondrais que ce n'est pas en option. En choisissant la spécialité gynécologie, on s'engage pour tout ce qui concerne la vie reproductive d'une femme, et cela peut inclure l'avortement. Si l'avortement pose un problème éthique au futur gynécologue, il est peut-être temps de changer de se concentrer sur la gynécologie gériatrique ou de choisir une autre spécialité parmi la vingtaine existante. (et puis ce ne sont pas les médecins qui "mettent au monde" les bébés. Ce sont les femmes qui accouchent. simple rappel)


En conclusion...

En ne franchissant jamais la ligne jaune de la condamnation express de l'avortement, Colonel Reyel s'affiche en vertueux défenseur des mères adolescentes. Pourtant, en faisant usage des mêmes méthodes que les mouvements pro-vie, il donne du poids à leur discours. Chanteur à succès chez les adolescentes (voir les commentaires sur son site) il porte, comme toute personne qui prend la parole dans l'espace publique, la responsabilité de ses propos.
Loin de défendre les mères adolescentes, il ne leur propose, avec cette chanson, qu'un texte sucré sans aucune implication sociale, ni aucune perspective d'émancipation. Aurélie ne peut espérer, au mieux, que de rentrer chez elle, à l'abri dans le cocon familial de ses parents. 
Bref, soit le chanteur se paye notre tête en feignant ne pas comprendre ce qu'on lui reproche, soir il a, comme cela a déjà été affirmé, la capacité d'analyse d'un bulot.
En parlant de bulot, Jeanne Cherhal répond en chanson à Colonel Reyel (pour comprendre le lien avec le bulot, il faut cliquer sur la vidéo)



Et enfin, après avoir parlé des site provie dans le cœur de l'article, voici ici une liste de liens utiles et non partisans (non partisans s'entendant comme sans lien avec un parti politique) sur les questions abordées :
le planning familial, qu'on ne présente plus.
- le site de Martin Winckler, truffé d'informations sur la contraception et sur le droit au choix.
Zone Zéro Gêne, mine d'informations sérieuses et légères sru totu ce qui tourne autour du sexe, tenue par la trés compétente Marie Gaëlle Zimmerman.
IVG Je vais bien merci, dont j'ai déjà parlé ici, qui affirme haut et fort qu'avorter n'est pas obligatoirement un drame dont on ne se remettrais pas.

vendredi 22 juillet 2011

Comment parler de la guerre ?

La semaine dernière, défilaient à Paris et dans certaines autres villes de France, des militaires au son du clairon, derrière le drapeau bleu blanc rouge. Fête nationale, hommage à l'armée nationale.



À peu près en même temps, sept soldats français se faisaient tuer en Afghanistan. Cette semaine, lors d'une grande cérémonie, la nation française rendait cette fois-ci hommage à ses morts.



Occasion pour chacun de se rappeler que ces temps-ci, la France est en guerre, sur plusieurs fronts, et que, au passage, aucune de ces opérations n'a donné lieu à un véritable débat national. Alors que l'on a passé six mois à discuter du concept extrêmement flou et volatil d'identité nationale, qui n'a bien évidemment débouché sur rien.
L'État ne tient apparemment pas vraiment à ce que les opérations militaires nationales soient posées sur la place publique. On notera que pour les choix énergétiques on suit exactement la même politique. Et sur la politique africaine également. C'est peut-être une piste pour cette idée d'identité nationale en fait...

Toutefois, si l'État peut ne pas souhaiter mettre sous le feu des projecteurs ses engagements guerriers, on pourrait s'attendre à ce que la presse (ce fameux quatrième pouvoir) s'en charge à la place, et que, si le débat sur la légitimité de la France à s'engager dans des guerres n'a pas lieu à l'Assemblée nationale, qu'il se déplace dans les colonnes des journaux.

Or, dans les médias français, les guerres dans lesquelles nous sommes engagés (oui, « nous », armée française, engagée dans des guerres « au nom du peuple français ») sont traitées majoritairement par des reportages « embedded », et sinon relégués en fin de journal. 
Ce sont deux problèmes différents, mais qui tout deux obscurcissent le traitement de cette actualité militaire.

Les reportages « embedded » posent un souci tout simple : il s'agit de reportages faits par des journalistes embarqués avec l'armée. Constamment aux côtés des militaires, ils ne voient la guerre que de leur point de vue. Ils permettent d'obtenir un point de vue important sur les conflits en cours, tout en garantissant une certaine sécurité aux journalistes. Toutefois, si ces reportages ont leur légitimité, ils ne peuvent constituer les seules sources d'informations sur ces différents fronts, sous peine de devenir de la simple propagande.

D'autres reportages, qui tentent de donner la parole aux deux côtés, existent, mais sont souvent relégués dans les dernières pages des journaux ou les derniers sujets des nouvelles télévisées. Ils font aussi l'objet de livres.
Mais ces derniers travaux souffrent d'un handicap terrible dans le système médiatique : ils ne font pas la une, et ne sont pas repris par les éditorialistes des médias qui, bénéficiant d'une audience large à la fois dans le média ou ils écrivent, mais aussi sur tous les plateaux télévisés ou ils sont régulièrement invités, garantissent au sujet qu'ils relaient, une forte écoute.

Or, ces « éditocrates » semblent passer plus de temps à disserter sur l'affaire DSK (et ses rebondissements ô combien passionnants) plutôt qu'à poser la question du rôle français en Afghanistan ou en Libye. Il est d'ailleurs symptomatique que, lors de la libération récente des deux journalistes de France-Télévision, retenus en otage pendant 18 mois en Afghanistan, les médias ne se soient majoritairement concentrés que sur l'aspect émotionnel de leur retour, sans se poser la question de leur action sur place. 

Alors si certains veulent à la fois avoir des informations sur ces conflits, et tenter de saisir ce que sont ces écrans de fumée qui masquent l'information sur ce sujet, qui les fabriquent, et quelles sont les limites auxquelles les journalistes se heurtent, et lesquelles ils se créent, c'est sur @rrêt sur images qu'il faut aller (oui, comme toujours.) Le site d'information/décryptage des médias a décidé, cet été, de regarder la guerre en face. Allez voir le programme, je le trouve alléchant, à défaut d'être distrayant : débat avec de militaires et des journalistes spécialisés dans les affaires militaires, témoignage d'Hervé Ghesquière (reporter de guerre, ex-otage tout juste libéré), interview de photographes de guerre.

Évidemment, c'est sur @rrêt sur images, donc sur abonnement, le site ayant fait le choix de garantir son indépendance en n'étant financé que par les abonnements. Je répète, encore et toujours, que ça vaut largement la dépense (3 € par mois, ou 35 € par an. 15 € si vous êtes étudiant.). Et l'information de qualité, c'est comme le reste, ça se paye.

Toutefois, si vous avez peur de sauter dans le bain sans connaître la température de l'eau, je dispose de 3 parrainages à distribuer, donc 3 fois 1 mois gratuit, à qui les veut, dites-le-moi simplement dans les commentaires, et disons que les premiers arrivés seront les premiers servis !